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Marque employeur : les quatre piliers, et par où commencer

Ibtissam Ouazzani··5 min de lecture
Marque employeur : les quatre piliers, et par où commencer

« Marque employeur » est l'une de ces expressions qu'on entend en comité de direction sans que deux personnes autour de la table en aient la même définition. Pour certains, c'est la page « Carrières » du site. Pour d'autres, une campagne de recrutement. Pour d'autres encore, le baromètre social interne. Aucune de ces réponses n'est fausse, et aucune ne suffit.

Une définition qui tient en une phrase

La marque employeur est ce qui se dit de vous comme employeur quand vous n'êtes pas dans la pièce.

Ce n'est pas votre discours sur vous-même : c'est l'écart entre ce discours et l'expérience vécue par ceux qui travaillent chez vous, l'ont fait, ou ont passé un entretien sans être retenus. Cet écart est la seule variable qui compte, parce que c'est lui qui circule.

La différence avec le marketing RH

La confusion entre les deux est fréquente, et elle a des conséquences pratiques.

Le marketing RH est une activité de diffusion : annonces, présence sur les salons, relations avec les écoles, campagnes de recrutement. Il répond à la question « comment faire savoir que nous recrutons ? ».

La marque employeur est une activité de positionnement : elle répond à « pourquoi quelqu'un de qualifié choisirait-il de venir ici plutôt qu'ailleurs, et de rester ? ». Elle précède le marketing RH, et elle survit à l'arrêt des campagnes.

Une entreprise peut avoir un excellent marketing RH et une marque employeur désastreuse. C'est même le cas le plus coûteux : plus la diffusion est efficace, plus elle amène de candidats qui découvrent l'écart, et plus vite la réputation se dégrade.

Les quatre piliers

La littérature décline la marque employeur de plusieurs façons. Réduite à ce qui se vérifie sur le terrain, elle tient sur quatre piliers, et ils se construisent dans cet ordre.

1. La réalité de l'expérience de travail. Ce qui se passe réellement : le management, la charge, la reconnaissance, la façon dont les décisions se prennent et dont les départs se passent. C'est le pilier fondateur, et le seul qu'aucune communication ne peut compenser. Travailler la marque employeur sans toucher à ce pilier, c'est mettre une façade sur un bâtiment qui prend l'eau.

2. La proposition employeur, formulée. Ce que vous offrez, dit explicitement, avec ses limites. Une proposition honnête et étroite — « ici on apprend vite, on est exposé tôt, et les premières années sont exigeantes » — recrute mieux qu'une promesse large que tout le monde peut faire.

3. La cohérence des points de contact. L'annonce, le process de recrutement, la réponse aux candidats non retenus, l'accueil le premier jour, la page carrières, ce que disent vos collaborateurs sur les réseaux professionnels. Chacun de ces points, pris séparément, est un détail. Ensemble, ils constituent la preuve — ou la contradiction.

4. La preuve extérieure. Ce que des tiers disent de vous : anciens collaborateurs, candidats, presse, avis en ligne, réputation dans votre secteur. C'est le pilier que vous contrôlez le moins et auquel on croit le plus.

Pourquoi c'est devenu un sujet au Maroc

Trois évolutions l'ont rendu concret, et aucune n'est une question de communication.

La concurrence s'est localisée. Dans les zones industrielles du Nord, sur le corridor Casablanca-Rabat, dans l'offshoring, plusieurs employeurs recrutent les mêmes profils, au même niveau de salaire, à quelques kilomètres l'un de l'autre. Quand la rémunération s'égalise, ce qui départage est ce qui se dit de l'employeur.

Les jeunes diplômés se renseignent avant de postuler. Le secteur, les conditions réelles, l'encadrement, le turnover : l'information circule entre pairs et en ligne, et elle circule plus vite que le discours institutionnel.

La fuite des compétences est chiffrable. Le départ d'un profil qualifié coûte le recrutement, la période d'apprentissage et la perte de savoir accumulé. Une entreprise qui ne sait pas pourquoi les gens partent ne peut pas arbitrer entre augmenter les salaires et corriger ce qui fait partir.

Les erreurs qui coûtent le plus

Lancer la communication avant le diagnostic. Une campagne qui promet ce que l'entreprise ne tient pas accélère la dégradation, parce qu'elle élargit l'audience de la déception.

Confondre la marque employeur avec la communication interne. L'interne sert les personnes déjà présentes ; la marque employeur s'adresse aussi à celles qui ne sont pas encore venues, et à celles qui sont parties.

Confier le sujet à une seule direction. La RH seule ne peut pas changer l'expérience de travail, et la communication seule ne peut pas la décrire honnêtement. Le sujet vit entre les deux, et il demande un arbitrage de direction générale.

Copier la proposition d'un concurrent. Si votre promesse est interchangeable avec celle du voisin de zone, elle ne départage rien.

Mesurer l'activité au lieu du résultat. Le nombre de publications ne dit rien. Le taux de transformation des candidatures, le délai de recrutement par profil, la part de candidatures spontanées, le turnover à douze mois et les motifs réels de départ le disent.

Par où commencer, concrètement

Avant tout support, trois choses se font en interne et sans budget de communication.

Écouter les sortants. Les entretiens de départ, s'ils sont menés par quelqu'un qui n'est pas dans la ligne hiérarchique du partant, donnent l'information la plus fiable que vous obtiendrez jamais sur votre marque employeur.

Passer votre propre processus de recrutement. Postulez à votre offre. Mesurez le délai de réponse. Lisez le message que reçoit un candidat non retenu. La plupart des problèmes se voient là.

Écrire la proposition en une page, avec ses limites. Si vous ne pouvez pas l'écrire honnêtement, le problème n'est pas la communication.

Ensuite viennent les supports, et ils sont beaucoup plus simples à produire une fois que ces trois étapes ont eu lieu : la proposition est écrite, les preuves existent, et il n'y a plus qu'à les rendre lisibles.

Ce que nous faisons sur ce sujet

Nous intervenons sur les piliers 2, 3 et 4 : formuler la proposition employeur, mettre les points de contact en cohérence, et construire la preuve extérieure — presse, prises de parole des dirigeants, documentation des faits vérifiables. Le pilier 1 relève de l'entreprise elle-même, et nous le disons avant de commencer : si l'expérience de travail est le problème, la communication n'est pas la réponse.

C'est un travail de stratégie de communication autant que de relations presse, et il prend tout son sens dans les bassins d'emploi où la concurrence est la plus directe — à commencer par les groupes industriels de Tanger.

Prochaine étape

Structurons votre communication ensemble.

Si cet article vous a parlé, la prochaine étape est simple : un appel de 30 minutes pour faire le point sur votre situation.

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